Je ne pouvais lire la communication de cette recherche (publié en novembre 2007), présenté le 6 décembre 2008 par Manon Bougie, (Maitrise en santé communautaire, Conseillère clinicienne en soins infirmiers, boursière centre Ferasi) ; sans la partager ici. La présente étude est publiée en collaboration avec l’ordre régional des infirmiers de Montréal/Laval.
Vous allez vite saisir pourquoi je relate ici ce travail de recherche infirmier…et en tirerez les conclusions qui vous conviennent.
Certains termes ne nous sont pas familiers, ils sont propres au Pays et à sa culture. C’est une présentation très intéressante qui ouvre des perspectives de recherche pour toute infirmière en santé travail. Lisez indifféremment infirmier/infirmière, merci.
Vous trouverez également les résultats des études PRESST-NEXT par ce lien (Niveau Européen, c’est une autre approche réalisé par des professionnels non infirmiers)
La problématique :
- Pénurie d’infirmiers
- Restructuration du système de santé,
- Vieillissement de la main d’œuvre infirmière
- Absentéisme
- Arrivée des heures supplémentaires (temps supplémentaire)
- Phénomène temps supplémentaire obligatoire (TSO)
Quelques définitions utiles :
Heures supplémentaires ou temps supplémentaire
Tout travail fait en plus de la journée régulière, approuvé ou fait à la connaissance du supérieur immédiat et sans objection de la part de l’employé (convention collective FIIQ, 2006)
Temps supplémentaire obligatoire (TSO)
Effectuer des heures de travail supplémentaires à la suite d’une journée de travail ou une semaine excédant quarante heures et il s’agit là d’une obligation imposée par l’employeur. (West Virginia Nurse, 2004)
Données statistiques sur le TSO :
- 67% des infirmières américaines interrogées ont subi le TSO chaque mois (enquête Ana, 2000)
- 78,8% des infirmières exécutent du TS chaque mois, qu’il soit obligatoire, planifié ou non (Killien, 2004)
- L’étude longitudinale de Trinkoff, et al. (2006) regroupe 2273 infirmières
- 17 % sont forcées au TS à – de 2 h de prévenance
- Plus de la moitié travaillent plus de 9h/jour
Un rappel du code de déontologie des infirmières, dont l’article 16. :
L’infirmière doit s’abstenir d’exercer sa profession lorsqu’elle est dans un état susceptible de compromettre la qualité des soins et services.
Constat :
Les infirmières se sentent éprouvées et mentionnent être “prises en otages” puisque, d’une part, elles doivent respecter le code de déontologie, d’autre part, en dépit de leur fatigue, elles doivent assurer des soins sécuritaires et de qualité.
La responsabilité professionnelle :
Engagement à assumer les responsabilités propres à l’exercice de la profession. Par son adhésion, l’infirmière s’engage à respecter les exigences (disciplinaires, morales et légales) liées à l’exercice de sa profession. (ndrl : j’aurai ajouté éthique)
Les interventions posées par l’infirmière lui sont imputables puisqu’elle est l’auteure même de ses actes.
Environnement de travail sain :
Un environnement psychosocial de travail optimum est caractérisé par :
- des demandes adaptées aux capacités des personnes
- un niveau d’influence convenable sur leur travail, (le pouvoir de décision)
- un soutien social adéquat
- un équilibre entre les efforts et récompenses
- un travail satisfaisant auprès des bénéficiaires
Mais constat d’un “piètre environnement de travail” :
Symptômes de malaises physiques, problèmes de santé mentale (épuisement), sentiment de perte de contrôle.
La pénurie d’infirmières à laquelle fait face le système de santé menace :
- les soins prodigués aux patients/familles
- la santé physique et psychologique des infirmières.
D’autre part, il existe un lien étroit entre une faible conciliation travail-famille et une diminution de la satisfaction au travail ; ainsi qu’une augmentation de la détresse psychologique.
Le M.S.S.S. (2001) signale que «la situation ne pourra s’améliorer qu’à condition de mettre en place un milieu de travail assurant une réelle qualité de vie, en donnant aux infirmières l’occasion de réaliser leurs aspirations, tant sur le plan professionnel que personnel » Le Gouvernement du Québec (2004) a mis en place une politique sur la conciliation travail- famille.
Les impacts sur les patients
La pratique de TSO viole les standards de protection du public, augmente les risques ainsi que les erreurs pour les patients et prédispose les infirmières à des poursuites ou préjudices à la clientèle
Les risques d’erreurs
Une étude randomisée contrôlée, effectuée auprès de 393 infirmières, révèle une augmentation significative des erreurs lorsque l’infirmière travaille 12 h et plus :
- la diminution de l’état d’alerte
- l’affectation de l’humeur
- la diminution de la performance
- l’atteinte du processus décisionnel
- la diminution de la mémoire
- la diminution de la rapidité à réagir
- le manque de concentration ainsi que la fixation
Un adulte requiert 6 à 10 h de sommeil/24 h.
Moins de 5 h de sommeil/24 h, il voit ses habiletés mentales chuter.
Après 2 nuits de manque de sommeil, la performance cognitive peut baisser jusqu’à 40 % de sa capacité.
La souffrance surgit lorsque l’infirmière, en dépit de ses stratégies d’adaptation et de son regard positif, n’est plus en mesure d’accomplir son travail selon son idéal moral.
Recommandations de l’auteure :
- Réorganiser le travail
- Optimiser l’environnement de travail afin de contribuer à l’amélioration du climat de travail.
- Porter une attention particulière à la charge de travail lorsqu’une infirmière est forcée au TS.
- Planifier des horaires de travail flexibles
- Limiter le nombre d’heures en TS volontaire ou obligatoire, tel que recommandé par l’IOM (2004)
- Prioriser les soins directs aux patients et à leur famille.
- Repenser la reconnaissance au travail.
- Appuyer la pratique clinique et la pratique de gestion sur la philosophie du caring
Recommandations pour la recherche :
- Étude phénoménologique auprès des hommes, des mères de famille et des femmes mono parentales afin de comprendre comment le phénomène se vit.
- Aussi, une recherche de type phénoménologique serait pertinente afin de décrire et comprendre la perception des gestionnaires lorsqu’ils forcent une infirmière au TS.
- Il serait également intéressant d’explorer la perception des patients lorsque le personnel effectue plusieurs heures de travail consécutives.
- Orienter la recherche vers les stratégies de coping pour les infirmières et les gestionnaires en lien avec le phénomène de TSO
Source :
BOUGIE M. , La signification du temps supplémentaire obligatoire tel que vécu par les infirmières en centre hospitalier (PDF)
Lire aussi : 15 publications et rapports de la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé (évaluation et amélioration de la sécurité des patients, liens avec la dotation en personnel)