Force est de constater que l’évolution des pratiques infirmières dépend des besoins de santé de la population mais surtout de la démographie médicale, des choix économiques et politiques d’un Pays. Je sais, je suis naïve ! Notre profession manque de docteurs en soins infirmiers, de chercheurs, nous sommes surtout formés par des médecins dans nos spécialités. Avant de pousser plus loin ma réflexion, je vous propose ceci :
Voici une étude réalisée par le CREDES et publiée en 2000. C’est une analyse des conditions d’exercice et de rémunération des professions de santé dispensant des soins infirmiers et de nursing à travers les expériences menées dans d’autres pays européens.
Quelques morceaux choisis
En 1971, Kaiser (Californie) met en œuvre un programme de formation de Nurse Practitioner. Le but est de pallier au déficit de médecins en laissant des infirmiers, formés, prendre en charge des soins primaires. (Pédiatrie, médecine, obstétrique, gynécologie)
Une formation de 1 à 2 ans, permet aux NP d’apprendre à réaliser un interrogatoire, établir un diagnostic et prescrire. Ceux ci travaillent dans des équipes cliniques, dirigées par des médecins, et sont le premier point de contact du patient avec le système de soins.
En Angleterre, c’est en 1980 qu’est initiée cette pratique. Deux infirmières sont envoyées aux USA pour se former.
Le premier diplôme de Nurse practitioner date de 1990. Il est dispensé au niveau d’un premier degré universitaire. Pour être admis, il faut être infirmier expérimenté.
La formation inclut :
- connaissances et compétences en entretien exploratoire,
- exploration physique (examen, reconnaissance d’anomalies et dépistage),
- recherche de facteurs de risque et de symptômes annonciateurs d’un problème de santé.
En 1994, une étude est réalisée par le NHS sur les NP. Les patients sont très satisfaits. Les consultations sont perçues comme efficaces et sécurisantes, et par comparaison avec les consultations médicales, elles sont jugées positivement car plus longues et portant moins exclusivement sur des aspects médicaux et techniques.
Le Royal College of Nursing a proposé une définition précise du champ de compétence des NP en 1996 :
1. La nurse practitioner pourrait offrir à toute personne un accès direct aux soins primaires.
2. Elle aurait la responsabilité d’admettre les patients dans le système de soins primaires, soit en leur prodiguant elle-même un traitement, soit en les référant à d’autres professionnels, y compris médecins.
3. Elle serait capable d’entreprendre une première recherche pour tous problèmes de santé relevant de soins primaires et d’initier un traitement de première intention.
4. La nurse practitioner serait responsable de l’évaluation et du suivi du traitement, qu’elle décide d’arrêter lorsqu’elle le juge approprié. Elle devrait offrir au patient le cadre (soutien, éducation…) qui l’aidera à se remettre.
Concrètement :
- la nurse practitioner serait amenée à prendre des décisions autonomes dont elle porterait la seule responsabilité.
- Elle recevrait des patients dont les problèmes ne sont pas identifiés. Ses connaissances et compétences devraient lui permettre de faire une évaluation des besoins du patient en matière de soins, ce qui inclut des compétences qui ne relèvent généralement pas de la fonction infirmière, comme les examens physiques.
- Elle devrait dépister les facteurs de risque et les premiers signes de maladie.
- Elle développerait avec le patient un plan de soins infirmiers avec une attention particulière pour les mesures préventives.
- Elle prodiguerait conseils et éducation pour la santé.
- Elle pourrait porter un diagnostic, prescrire un traitement (dans le cadre d’une liste limitée) et dispenser elle-même des soins.
En Suède
Tous les professionnels infirmiers sont enregistrés par le NBHW (National Board of Health and Welfare). La licence est délivrée par ce même organisme.
Ce sont surtout les formations infirmières spécialisées qui sont le plus souvent modifiées. La formation d’infirmière « généraliste » est beaucoup moins soumise aux changements apportés par de nouvelles pratiques médicales et infirmiers, alors que les infirmiers spécialisés voient leur champ de pratique s’élargir de plus en plus sur le terrain. Leur mission prend de plus en plus d’importance dans le système.
Les centres de soins et le rôle d’orientation des infirmiers
Les centres de soins sont des structures (uniquement ouvertes de jour) qui n’existent pas en France et qui pourraient se rapprocher des dispensaires. On compte en moyenne dans ces centres trois fois plus d’infirmiers que de médecins (environ 5 médecins pour environ 15 infirmiers 45 ). Le rôle des infirmiers y est primordial : outre les tâches traditionnelles du soin infirmier hospitalier, l’infirmier joue en plus un rôle prépondérant pour l’orientation du malade dans le système de santé. Ainsi, lorsqu’un patient appelle un centre de soins, il entre en contact avec un infirmier qui procède à un premier questionnement. En fonction de celui-ci, il décide : soit de donner un avis par téléphone si les symptômes sont évidents et sans gravité, soit de prendre un rendez-vous au centre pour des problèmes plus importants ou s’il existe un doute sur la nature de la pathologie.
Enfin, il peut orienter le patient directement à l’hôpital si la gravité de la pathologie semble évidente. Selon nos interlocuteurs, l’orientation du patient par un professionnel infirmier ne semble pas générer de problème ou d’accident dans la pratique ; ce rôle étant assumé sans prise de risque puisque le moindre doute conduit à une orientation du patient vers un médecin.
S’il n’existe pas de liste d’actes aussi précise qu’en France, il existe cependant une distinction entre les différents niveaux de responsabilité comme dans la plupart des pays :
- la responsabilité personnelle : les infirmiers ont la responsabilité des soins infirmiers, de la prévention et de l’éducation ;
- l’autorité prescrite : la plupart des médicaments et la plupart des traitements doivent être prescrits par un médecin, mais le professionnel infirmier est responsable de l’exécution, de la délivrance ou de l’administration de ces traitements ;
- l’autorité déléguée : les infirmiers peuvent avoir délégation pour certaines tâches, comme par exemple donner des médicaments dans certains cas d’urgence ou des situations imprévues, délivrer des médicaments pour des patients qui ont des ordonnances permanentes ou décider si le patient répond à la situation de délivrance définie par le médecin, en cas de douleur par exemple.
En Allemagne
L’accès à la pratique infirmière est soumis à une procédure de licence.
Toute personne pour pratiquer au titre d’infirmier de soins généraux, d’infirmier pédiatrique ou d’assistant infirmier doit posséder une licence. Ce titre d’exercice est accordé par l’autorité compétente du Land dans lequel l’étudiant a passé son examen.
Après les trois années de formation initiale, trois voies de formations complémentaires sont possibles une spécialisation clinique, une spécialisation de management et une spécialisation dans l’enseignement (voir pour plus de détails en annexe). Certaines d’entre elles exigent un minimum d’expérience professionnelle.
L’université peut mettre en place des formations en soins infirmiers depuis 1991. Chaque Land peut décider de créer un cursus universitaire et il décide également de la forme qu’il prendra. En 1997, plus de 40 cours étaient dispensés dans des écoles supérieures (Fachhochschule) ou à l’université (Gorres, 1998).
Il n’existe pas de doctorat de soins infirmiers mais des programmes de doctorat peuvent être abordés par d’autres disciplines (psychologie, sociologie, éducation, économie…). Par contre, il existe des maîtrises universitaires (master) pour infirmiers de soins généraux (d’autres pré-requis sont parfois exigés dans certains Länder). Ces diplômes universitaires sont dispensés en 4 ans.
Un document de la DBFK fait mention d’une évolution des infirmiers vers plus d’autonomie, mais elle semble se heurter aux médecins qui voudraient obtenir le contrôle et la coordination des soins dans le secteur des soins à domicile. L’enjeu ne serait pas uniquement financier mais il se déclinerait aussi en termes de statut : la nouvelle indépendance gagnée par les infirmiers aurait fait naître une bataille de pouvoir entre eux et les médecins.
La loi sur l’assurance santé de 1995 (Die Pflegeversicherung) concerne les soins de long terme. C’est une assurance de base qui ne couvre pas tous les biens et services de ce secteur. Par exemple, l’aide psychologique n’est pas prise en compte.
Cette loi pose comme principes la priorité aux soins à domicile sur l’hospitalisation et la priorité des soins préventifs et de réhabilitation sur les soins curatifs. La loi affiche ainsi ses objectifs : garantir une vie indépendante, lorsque cela est possible, aux personnes qui sont dépendantes
A lire sans modération et avec attention !

La profession infirmière en mutation – Eléments de réflexion à partir d’exemples européens. 
Com-Ruelle L. (CREDES), Midy F. (CREDES), Ulmann P. (CES), Rapport CREDES n° 1318, 2000/10, 157 pages.
Enfin, voici une page canadienne sur les infirmières praticiennes qui est d’une franchise impressionnante !
Selon le lieu où l’on vit au Canada, les infirmières praticiennes sont soit des visages nouveaux soit des visages familiers dans le secteur de la santé. Parfois appelées ‘infirmières de premier ligne’, elles sont des infirmières diplômées qui possèdent une formation plus poussée et peuvent accomplir des tâches dépassant les fonctions habituelles d’une infirmière et qui débordent sur la médecine. Si les infirmières praticiennes travaillent maintenant dans la plupart des provinces et territoires du Canada, il est plus probable que les patients reçoivent les soins d’une de ces infirmières s’ils vivent dans des zones qui n’attirent pas les médecins, comme les collectivités rurales et éloignées. Lire le texte en entier ICI
Certificat de formation des infirmiers praticiens.
A lire :
Bulletin du Conseil international des infirmières, juin 2006
Hiba Habib, Josette Nassar, L’image de l’infirmière aujourd’hui, 2007, Travail effectué dans le cadre d’une formation de Master Professionnel Faculté des sciences infirmières, Université Saint Joseph.