J’allais avoir 16 ans et était en classe de première quand, dans le cadre de l’obtention de mon bac “sciences médico-sociales”, il fallut trouver un stage de secrétariat médical.
L’idée d’un stage à l’étranger me taraudait, surtout que mon grand frère vivait à Londres et je m’y rendais de temps en temps avec plaisir. On trouva donc un lieu de stage là bas, dans une clinique à l’est de la ville. Mon frère rencontra le directeur qui acceptait une stagiaire et me dit que c’était une clinique chirurgicale.
La directrice du lycée me convoqua pour en savoir un peu plus sur mon projet que lui avaient relaté mes profs d’anglais et de sciences médico-sociales. C’était la première étape des entretiens que je ne connaissais pas encore. Elle fut froide mais pro. dans le sens où elle cherchait à connaitre les modalités et la garantie de ma sécurité avant de signer la convention de stage.

C’est donc en mai que je partie avec cette énorme valise-malle écossaise remplie de fringues, que deux routiers sympa m’aidèrent à monter dans le bateau ! (d’ailleurs où est-elle ?)
Il fallait prendre un bus et un métro en partant de Maida Vale pour se rendre à la clinique qui se trouvait dans un quartier résidentiel et vert.
J’arrivais donc avec un brin d’anxiété à la porte (du pénitencier) de cet établissement privé. Je fus accueilli par une anglaise qui me fît asseoir dans la salle d’attente avec les patients.
Première surprise : une majorité de femmes, des ondes électriques et anxieuses mêlées d’impatience flottaient dans la grande pièce ; parce que beaucoup de retard dans les consultations.
La secrétaire vint me chercher en m’expliquant que je passerais la première journée au standard téléphonique. J’y restais une semaine avec deux collègues ratatinées dans un cagibi. Un modèle de réponses ou de questions me fut donné ; le plus difficile fut de répondre à certaines détresses et demandes. Je passais donc les appels à Mary Sol (ancienne assistante sociale espagnole à la retraite qui arrondissait la pension). Il m’a fallut 1 heure pour comprendre. J’étais dans une clinique gynécologique… qui faisait son beurre avec les avortements. D’où cet ambiance particulière à l’accueil et l’erreur de la secrétaire qui m’avait prise pour une cliente. J’avais noté d’ailleurs la présence d’italiennes et d’irlandaises dans la salle.
Je demandais un rendez vous avec le directeur auprès de sa secrétaire (très sympathique) afin de voir comment allait se passer ce stage auquel je ne m’attendais pas. Il me reçu avec un flegme et une politesse digne de la reine d’Angleterre. Le savoir vivre anglais se doit de ne pas nommer ce qui dérange votre interlocuteur et de passer par des chemins détournés. A 16 ans, je réussie le passage avec fierté : un planning de stage fut écrit. J’irais dans différents services si je gardais ma discrétion. Le bonhomme chercha à me connaitre un peu plus et fut rassuré en apprenant que mon frère travaillait au Britannia ! Un passeport pour l’assujettissement à sa majesté la Reine !